
J’ai toujours ressenti la Mer du Nord différemment des autres mers. J’ai en tête que quand on parle de mer, on pense au soleil, à la plage, à l’été. Pour moi, la Mer du Nord, c’est le vent, le froid, les crêpes et les crevettes. Un environnement plus propice à l’introspection qu’au farniente. Ce jour-là, nous nous promenions en famille. Comme souvent, j’avais pris mon appareil pour faire des photos de nous, et éventuellement du paysage, si je trouvais une quelconque source d’inspiration.
J’ai alors croisé cette énorme sculpture en bronze, enfoncée dans le sable, immobile.
Elle ne guidait rien, et était abandonnée au gré des éléments telle une relique qui a fait son temps. C’est en pensant à cela que ce timon a fait écho à ma vie. Le sentiment que j’avais de la piloter, tel un navire gardant son cap, a fini lui aussi inerte et délaissé, pour laisser place à la liberté de choix infinie qui s’ouvre chaque instant devant moi, telle la mer qui s’étend par-delà l’horizon.
Cette roue vert-de-gris est, pour moi, un rappel du temps où j’avais l’illusion de mener ma barque. J’ai pris conscience entre-temps que c’était une chimère, et qu’au lieu de vouloir absolument diriger mon navire dans une certaine direction, j’ai dû apprendre à naviguer là où le vent et le courant me portent.
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